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Marseille Deuxième
ville de France, capitale régionale à prétention méditerranéenne en souvenir
du port des Sept Mers et de la Porte d’Orient… Hôtesse du Jazz Club du Sud-est aux dizaines de
concerts, de Que
nenni, le club de jazz de la ville est un simple bistro, berceau du label
informel « Jazz côte Sud », inspiré de la partition
nord-américaine « East Coast-West Coast », engagé
dans un combat à cinq programmations par semaine. L’histoire de ce
bistro-jazz appartient à Walter Pimms. Le piano Yamaha G2 E26 20458 nous livre
une partie de sa mémoire dans ce lieu qui l’a vu naître et dans lequel il a
commencé sa vie professionnelle. Percuté par McCoy Tyner, caressé par Kenny
Barron, boosté par Siegfried Kusler, chanté par Michel Legrand, joué par de
nombreux claviéristes comme JB Eisinger, René Barthélemy, Bobby Few, Maurice Wander,
Bob Dorough, Les McCann, Herman Foster, il a aussi côtoyé batteurs, micros,
percussionnistes, bassistes, guitaristes, architectes des arpèges du
swing :Mesdames et messieurs ! A la batterie, Andrew Cyrille, Jean-Pierre Arnaud, Kenny
Clarke, Aldo Romano, Roy Haynes ; aux percussions, Trilok Gurtu et Mino
Cinelu ; à la guitare, Bireli Lagrène, Babik Reinhardt Barney Kessel Jimmy
Gourley ; les bassistes Ray Brown, Avery Sharpe, Ray Drummond, Roger
Luccioni, Rémy Vignolo, Bernard Abeille… Très belle surface de scène pour
accueillir ce band, cette big bande de musiciens,
amis talentueux et pointures starfilantes, galactiques de la grande musique
noire américaine. Eddy Louiss étrenna son « vol en avion
au-dessus de l’Afrique » de cinquante minutes en compagnie de Paco Sery
et Fréderic Sylvestre (batterie et guitare) ; Olivier Temime
débuta avec son sax tenor vert-de-gris ; Daniel Humair perça
une peau de caisse claire pour un effet harmonique ; Claude Nougaro
imposa le Jazz Bop Quartet ; Randy Weston vint en solo, en duo
puis en septet de 10 mai 1981 ; Roy Haynes, après avoir demandé
sans succès « some coke » se mit au champagne et le maître des
lieux fut baptisé « Jean Pelle Champagne » ;
Stop ! Chorus… les absents ont eu tort. Le piano illustre l’âme du jazz, drogue dure
de la musique du xxème siècle. Pour accueillir ce piano il a fallu un bistro
jazz, le Pelle-Mêle et cela fait vingt cinq que cela dure.
- Jean Pelle « Interviews » François Postif peut prétendre au titre envié des
« happy fews », ces quelques trop rares témoins du jazz et qui en
sont Herbie
Hancock Depuis le premier Watermelon
Man, en 1962, jusqu’au dernier disque enregistré cette année, votre style a
totalement changé. Quand s’est opéré ce changement ? Après avoir quitté Miles Davis en 1968, j’ai enregistré deux
disques, « The Prisonner », pour Blue
Note, et « Fat Albert Rotunda », pour
Warner Bros. Entre ces deux albums, j’avais changé
de personnel, et ma musique en avait été sensiblement modifiée. Puis j’ai
fait trois autres disques pour Warner Bros et trois
pour CBS – ce n’est qu’ partir de mon premier enregistrement CBS,
« Sextant » que j’ai viré de cap. En fait, si vous m’avez bien
suivi, il y a eu deux changements dans la direction de ma musique après Miles :
l’un vers 1970 et l’autre vers 1973. Quand
êtes-vous passé à l’électronique ? Ce n’est pas chez
Miles, comme on le pense généralement. C’est vrai que j’y ai joué du piano
électrique, mais seulement au cours de séances d’enregistrement. Lorsque nous nous
produisions sur scène, dans un club ou une salle de concert, j’utilisais
toujours le piano qui se trouvait là. J’ai commencé à jouer du piano
électrique dès que j’ai eu mon premier orchestre : j’en avais plus
qu’assez de pianos désaccordés, j’en avais marre de jouer sur un piano
différent chaque soir. Je désirais avoir mon propre instrument avec moi. Ce
n’est que plus tard qu’on a commencé à ‘intéresser à la musique électronique
– le son du piano électrique est complètement différent de celui du piano
acoustique. Plus on va dans les instruments électronique, plus l’on obtient
des sonorités nouvelles et intéressantes. Dans une interview que vous avez donnée à Leonard
Feather pour le Los Angeles Time, vous dites avoir changé les directions de
votre musique en entendant un disque de Donald Byrd, « Black
Byrd », et que vous vous êtes dit : «Si Donald Byrd peut faire
un best seller, pourquoi pas moi ? » Ce n’est pas exactement ce que j’ai voulu dire. Naturellement
lorsqu’un disque marche, tout le monde a les yeux fixés sur Luiu. En fait la formation de Donald Byrd a été le
premier orchestre professionnel dont j’ai fait partie ; je suis resté
chez lui deux ans. C’est lui qui m’a fait sortir de ma ville natale, Chicago,
pour me faire venir à New York, et je lui dois beaucoup. C’est pour moi un
grand frère, et j’ai fait un nombre
impressionnant de disques avec lui pendant cette période. Votre dernier disque, « Thrust », s’est vendu à
650.000 exemplaires aux Etats-Unis. (rires) Tout d’abord, j’ai eu un choc ! Moi qui
venais des sentiers obscurs de jazz, je ne me serais jamais cru capable de
vendre autant de disques. Mais je crois que c’est une bonne chose car çà permet
à beaucoup de gens de se familiariser avec ma musique. Avant j’avais le
public très réduit des amateurs de jazz, alors qu’aujourd’hui je suis certain
d’avoir dépassé cette audience, car il y a loin d’avoir 650.000 amateurs de
jazz aux Etats-Unis ! Je suis très heureux de pouvoir créer une musique
qui intéresse autant de gens, mais j’avoue que çà me dépasse un peu. Je suis
incapable de mettre une étiquette sur la musique que nous jouons, et je pense
qu’elle contient un tas d’éléments disparates, mais qui s’accordent bien, en
définitive. Miles a eu trois
pianistes qui se sont fait un nom chez lui : Keith Jarrett, Chick Corea et vous-même. Mais il me semble que ce que vous
faites diffère totalement des deux autres. J’en avais assez d’être constamment comparé à Chick Corea et à Weather Report, et
j’ai décidé de créer une musique plus personnelle, sans aucun rapport avec
celle des autres artistes de jazz. Mon passage chez Miles m’a ouvert les
oreilles. C’était déjà mon musicien préféré, bien avant que je joue avec lui.
Il m’a apporté deux choses : d’abord une certaine clarté dans mes
conceptions musicales, mais surtout il m’a montré comment tirer plus de
créativité des membres de l’orchestre. J’ai quitté Miles Davis au bon moment,
à l’instant où j’étais suffisamment « transformé » moi-même pour me
lancer dans d’autres directions. Votre musique
actuelle est surtout basée sur le rythme, parfois forcené, et l’utilisation
de plusieurs percussionnistes ; elle est très génératrice de swing. Oui,
c’est du rythme noir afro-américain. C’est un peu ce que font James Brown et
surtout Sly Stone. Vous appartenez à
la secte bouddhiste Nichiren ? Bien sûr comme tous les membres de ma formation. Moi çà fait
deux ans que je suis bouddhiste. Avant de connaître le bouddhisme, nous
étions tous convertis à l’africanisme, mais cela n’avait aucun rapport avec
la religion, c’était pour la « black revolution »,
et mon nom était alors Mwandishi (j’ai d’ailleurs
enregistré un album avec ce titre). Vous savez j’ai toujours été un peu dans
la « black revolution », mon père était
d’origine très modeste, il a fait un tas de métier : contrôleur
vétérinaire du gouvernement, chauffeur de taxi, puis dans les assurances et
il a fini par avoir sa propre épicerie. Comme ma mère travaillait aussi, on
arrivait à joindre aisément les deux bouts (j’ai un frère aîné et une sœur
cadette). J’ai commencé à jouer du piano vers ma septième année, parce que
j’en avais envie. Mon meilleur copain possédait un piano, et moi je ne
voulais pas être en reste. Mais je n’ai connu le blues que vers ma dix-huitième année, et portant Chicago est
le pâys du blues ! Evidemment je ne pouvais
pas faire autrement que d’entendre cette musique, parce qu’elle était partout
dans l’air mais je n’avais pas le droit de m’y intéresser : à la fin des
années quarante, la classe moyenne noire dont nous faisions partie avait une
certaine attitude méprisante, une « respectabilité » bourgeoise,
pour tout ce qui était associé à la musique noire. On prônait la musique
classique et il était de bon temps de dénigrer le blues – les
chose sont bien changé depuis ! Je me souviens que vers ma
douzième année, je me suis intéressé à des groupes aux noms d’oiseaux, les
« Pavens », les « Penguins », les « Parrots »,
mais c’était de la musique pour gosse, sans grand rapport avec le vrai blues
des anciens temps, comme on peut en entendre même aujourd’hui à Chicago. La
révélation pour moi dans le domaine du rhythm and
blues, ce fut le tube de James Brown Papa’s Got Brand New Bag. Et puis j’ai
entendu Sly Stone, que j’ai tout de suite adoré. Le
morceau que je lui ai dédié dans mon disque « Headhunters » et qui
s’appelle tout simplement Sly est basé sur la ligne
de basse de son groupe. Je ressens formidablement la musique de Sly, qui m’est contemporaine, familière et dont on peut
retrouver quelques éléments dans De tous les disques
que vous avez faits, quel est celui que vous préférez ? Je ne sais pas très bien. Peut-être « Thrust » que
j’ai enregistré en août dernier avec les mêmes musiciens que ceux que j’ai
amenés dans ma tournée, et puis « Headhunters », et encore
« Maiden Voyage » et « Empyrean Isles » qui ont presque dix
ans maintenant – lorsque je joue le morceau Maiden Voyage aujourd’hui,
j’utilise, comme vous avez pu vous en apercevoir, le piano acoustique. Mon
prochain disque ? Au printemps 1975 – et si possible avec la même
équipe. |