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Jazz-Hip Trio La
rencontre de Roger et JB va curieusement entraîner la formation d’un trio
dont le troisième homme sera au départ un guitariste puis très rapidement un
batteur professionnel dont l’archétype (parmi une liste qualitativement et quantitativement
impressionnante) sera Daniel Humair. Baptisé Trio du Jazz Club du Sud-Est, il va
jusqu’en 1963 jouer de façon irrégulière mais fréquente dans tous les clubs
des Bouches-du-Rhône dont les plus connus sont le Modern Jazz Club de
Marseille et le Hot Club d’Aix. En 1963, le batteur est Ron Jefferson et le trio
prend une autre dimension (arrangements, compositions originales, tournées…)
et un autre nom : le Jazz Hip Trio. Ils jouent désormais régulièrement dans des clubs
de plus en plus huppés (L’intérieur à Marseille puis plus tard le Hot Brass à
Aix). Un pas de plus est franchi à la fin des
années 60 avec plusieurs enregistrements de disques (édités chez Barclay) et
de musiques de films ainsi que de très nombreux concerts, notamment à Paris avec
des solistes prestigieux. Concerts et tournées vont se succéder, le plus
souvent en quartet avec quelques musiciens « habitués » dont les
plus fidèles ont été Barney Wilen, Jean-Luc Ponty, Didier Lockwood et Lee
Konitz. Tout comme Roger avait été remplacé au début des
années 80 par quelques bassistes chevronnés, JB l’a été à partir de 86 par
des pianistes qui en jouant le répertoire convenu (compositions et
arrangements originaux) ont pu conserver le nom et l’esprit de la formation. Autour du Jazz Hip Trio Interview
de F. Postif† Quand et comment avez-vous atterri sur la planète jazz ? Roger
Luccioni.- Peu après Jean-Bernard Eisinger.- Au début des années
50, la sortie sur les écrans marseillais de « Un jour à New
York » m’ayant révélé une musique très différente de celle qui m’avait
été enseignée auparavant, j’ai décidé de me remettre au piano pour retrouver,
note après note, les mélodies de Bernstein. Par la suite la découverte de
quelques microsillons, notamment de Billy May et Perez Prado, puis de Lionel
Hampton allait un peu plus me lancer dans une nouvelle passion. Le premier
chorus de piano que j’ai appris, était tiré d’un disque de Dave Brubeck et
j’ai eu le culot de le jouer au Mars Club à Paris dans l’indifférence
générale mais sous le regard bienveillant de Art
Simmons. Le deuxième chorus de piano que j’ai appris, était de Lennie
Tristano et j’ai eu la bonne idée d’aller le jouer un après-midi au
Saint-James Club à Marseille. Quelqu’un s’est approché et m’a dit :
« Tristano c’est bien mais Oscar Peterson c’est mieux… » C’était
Roger Luccioni. Des
plumes célèbres telle que celle de Chester Himes ou celle de Boris Vian (qui
soutint la revue dès sa naissance), une densité d’articles de qualité en
firent rapidement un média à diffusion internationale. C’était en même temps
le support relationnel des concerts à l’affiche ainsi que de leur narration.
La rubrique des nouveautés en disques servit de courroie d’entraînement
autorisant nos reporters à s’installer aux premières loges dans les festivals
pour tout dire. JBE.– Je n’étais que le responsable du
courrier des lectrices et des feuilletons, notamment les aventures du Dr
Lemoo …J’ai un excellent souvenir de
cette époque, mélange de sérieux et de léger (les sujets traités et la façon
de les présenter, les articles de fond
et les aventures du Dr Lemoo). Comment deux étudiants en médecine marseillais ont-ils été
amenés à faire de la musique avec
Daniel Humair ? RL.-
Les concerts que nous organisions dans la région marseillaise étaient ensuite
analysés avec un style tout particulier par la revue puis étaient suivis de
jam sessions où notre trio faisait ses premières armes. Daniel Humair a été
séduit par le sérieux de l’organisation, l’humour de la revue et par un je
ne sais quoi dans la musique du Trio. JBE.-
En fait, dès la fin des années 50,
alors que nous hésitions entre deux types de formation, le trio +
guitare (avec Gérard Monfort) et le trio + saxophone-alto (avec Robert
Petinelli) nous avions eu, Roger et moi, la possibilité de jouer avec les
meilleurs batteurs régionaux tels que Roger Rostan, Louis Belloni puis André
Gérard. Ron
Jefferson fut le premier batteur américain avec qui nous avons joué en
concert et effectué une tournée. Il a eu une influence sur notre façon de
jouer en nous incitant à faire des arrangements spécifiques pour
piano-basse-batterie. Notre formation était devenue le Jazz-Hip Trio ! La
rencontre avec Daniel Humair a catalysé la cohésion du trio. Avec la sonorité
toute particulière de ses cymbales, son écoute miraculeuse, sa puissance et
son humour, Daniel a participé aux enregistrements de plusieurs disques et de
quelques musiques de films ainsi qu’aux grands « évènements » du
trio, notamment les tournées (avec Dexter Gordon, John Hendrickx, Barney
Wilen) et le concert de Jean-Luc Ponty au Musée d’Art Moderne de Paris en
1967. Il est vrai que rien n’aurait dû réunir les deux étudiants
marseillais et le peintre gastronome
helvétique mais cette rencontre (cette fable) a bien eu lieu… Comment avez-vous été amenés à faire de la musique
de film ? RL.-
Je connaissais le producteur de la série télévisée « Madame êtes-vous
libre ? » et JB connaissait le réalisateur du téléfilm
« l’Araignée » et nous avons eu la possibilité d’avoir Phil Woods
comme arrangeur pour le premier et comme soliste avec le Trio pour le second. JBE.-
On s’est partagé le travail. Roger était chargé de visionner
la série avec Jean-Paul Le Chanois (puis plus tard le téléfilm avec Rémy
Grumbach) pour décider du minutage et du caractère de l’illustration musicale.
Nous avons écrit quelques mélodies et Phil Woods a fait les orchestrations. […] Une réédition de
vos premiers enregistrements en studio ayant été suivi
d’un album en concert inédit, envisagez-vous la sortie d’autres CD ? JBE.- Notre
premier disque a été enregistré, grâce à Léo Missir en 1968 dans le studio de
Jean-Michel Poudubois. Nous y étions comme chez nous, car nous y avions
assisté à plusieurs séances de travail
des Double Six. RL.-
Un deuxième disque a été enregistré en 1969 puis un troisième, toujours avec Daniel Humair
en 1971, qui n’est jamais sorti. Par la suite, nos deux premiers disques ont
été réédités sous forme de CD ainsi qu’un enregistrement de plusieurs
concerts réalisés dans le Var entre 1976 et 1978. JBE.-
D’autres enregistrements du trio, notamment au Club L’intérieur (1967)
pourraient être, un jour, utilisés de même que quelques concerts réalisés en
quartet.
JBE.-
En fait Barney et le Jazz Hip Trio c’est une longue histoire avec quelques
concerts donnés, au début des années 60, dans des clubs marseillais ou
aixois ; puis entre 1977 et 1982, nous avons joué ensemble régulièrement
avec un répertoire original. Le batteur du quartet était le plus souvent
Daniel Humair mais parfois également Charles Bellonzi, Aldo Romano, Vincent
Seno ou Jean-Pierre Arnaud. RL.-
La première fois que j’ai joué avec Barney, c’était en 1954 à Paris et la
dernière fois, au Pelle-Mêle à Marseille, plus de quarante ans après ! JBE.-
La première fois que j’ai vu Barney, c’était à la fin des années 50 :
nous avions parlé longuement et son humour ainsi que son érudition m’avaient
frappé, alors que lors de notre dernière entrevue, fin 86, un soir d’hiver
chez moi, c’est son silence que nous avons partagé. Comment se fait-il qu’à dix ans d’intervalle, le JHT soit
devenu l’accompagnateur privilégié de Jean-Luc Ponty puis de Didier
Lockwood ? RL.-
A la fin des années 60, Jean-Luc Ponty venait de faire un disque avec Eddy
Louiss et Daniel Humair. Ce dernier a servi d’intermédiaire pour une série de
concerts à Marseille puis l’ambiance étant favorable, nous avons effectué des
concerts à Nîmes, Annecy, Grenoble et au Musée d’Art Moderne à Paris ;
Quelques temps après Dexter Gordon venait compléter la formation lors de
concerts à Caen et à Paris. Par JBE.-
…et 10 ans plus tard et presque jour pour jour, Didier Lockwood a accepté de faire plusieurs concerts avec nous : il y a bien dû en
avoir une quinzaine dans des contextes très différents avec un big band, en
sextet ou en quartet. Il doit y avoir une alchimie particulière entre le son
du violon et les compositions du trio. Il suffit d’écouter le concert de Jean-Luc au Musée d’Art
Moderne (où il joue CelloBritten, Spell of Three et Jazzmaninoff) ou les
disques de Didier (où il joue CelloBritten, et Tableau de Daniel Humair) pour
comprendre l’adéquation entre l’instrument et De
quels musiciens vous sentez-vous le plus proche RL.
Ray Brown est de toute évidence le bassiste qui m’a le plus inspiré mais on
peut ajouter Percy Heath et Paul Chambers. JBE.– Il est difficile de répondre à la
même question sans faire une énumération fastidieuse de pianistes dont les
noms et les qualités sont archi connus. Je dois avouer que j’ai été
impressionné par l’art du contre-pied de Tristano, les block-chords de
Red Garland, la logique chromatique de Horace
Silver, les accords de quarte de McCoy Tyner et surtout les ambiguïtés
harmoniques et rythmiques de Bill Evans qui, dans ses dernières apparitions,
représente l’idéal inaccessible. RL.
Je pense qu’il y a un peu du swing d’Oscar Peterson et des respirations
d’Ahmad Jamal dans le jeu de JB… Parmi les musiciens actuels quels sont ceux qui ont attiré
votre attention ? JBE.
Hervé Meschinet est un des meilleurs de la nouvelle génération
avec une technique impeccable (son habileté à l’alto et à la flûte a
encore progressé) et surtout une générosité et une sincérité particulièrement
réjouissantes. RL. En ce qui concerne les
musiciens étrangers, de très nombreux pianistes venant du Nord (de Meldau à
Svensson) vont certainement prendre Aviez-vous un public particulier ? JBE .- Lorsqu’on
écoute nos enregistrements « live », on s’aperçoit que le public
joue avec nous : silencieux lorsqu’il le faut, beaucoup moins si on se
laisse aller, il peut nous renvoyer de diverses façons toute l’énergie de nos
chorus… Un article de Télérama sur votre
premier titre fait état du surprenant « niveau du jazz amateur en
France ». Acceptez-vous le terme d’amateur ? RL.- Certainement pas. Personne n’a
jamais traité Denny Zeitlin, psychiatre, de pianiste amateur ou Jay Jay
Johnson, pape du trombone Be Bop d’amateur quand il travaillait pour une
boîte d’instruments de navigation pour l’armée. Je me considère comme un
médecin professionnel le jour et un bassiste professionnel la nuit et un politique
tout le temps. JBE.- Dans la mesure où le
terme d’amateur peut désigner une personne qui travaille pour le plaisir ou
par curiosité, et qui fait ce qu’elle veut quand elle veut… çà se
discute ! […] Que reste-t-il de toutes ces
rencontres ? RL.- En ce qui concerne le passé, je
retiendrais un très problématique concert de Thelonious Monk, musicien hors
normes, à l’Alcazar de Marseille, salle mythique et redoutable mais également
Charlie Mingus, jouant de la contrebasse, un après-midi, dans une rue de
Marseille alors qu’il venait d’acheter l’instrument. Pour ma plus grande joie, je perpétue ces
rencontres : c’est ainsi que j’ai pu jouer récemment avec Johnny
Griffin, Dollar Brand, Romano Giuliani et même Marcus Miller, pianiste d’un
soir. JBE.–
Quelques notes d’une musique découverte à la fin des années 50, réécoutée
cent fois et brutalement retrouvée en direct : celle de Lee Konitz, subtile
et complexe, et celle de Chet Baker, fragile, réduite à l’essentiel, tout
aussi inaccessible. Et puis, de brèves expériences, l’une, fin 1986 :
quelques instants de liberté avec Barre Philips et Marcel
Sabiani ; l’autre, fin 2003 : quelques minutes de duo avec Hervé
Meschinet, un moment de bonheur ! RL.- L’aventure n’est pas terminée… |